La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC)
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Déclarations de principe et directives cliniques

Déclaration de principe de la SOGC - La pilule anticonceptionnelle et le cancer

La présente déclaration de principe a été revue et approuvée par l’exécutif et le Conseil de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada.

Auteurs Principaux

André B. Lalonde, MD, FRCS(C), FRCOG, FSOGC, FACS, Ottawa, ON
Robert Reid, MD, FRCS(C), FACOG, FSOGC, Kingston, ON

Auteurs Collaborateurs

Jennifer Blake, MD, MSc, FRCSC, FACOG, FSOGC, Toronto, ON
Michael Helewa, MD, FRCS(C), FACOG, Winnipeg, MB
Guylaine Lefebvre, MD, FRCS(C), FACOG, FSOGC, Toronto, ON
Vyta Senikas, MD, MDCM, FRCS(C),FSOGC, CSPQ, Ottawa, ON

Les directives cliniques font état des percées récentes et des progrès cliniques et scientifiques à la date de publication de celles-ci et peuvent faire l'objet de modifications. Il ne faut pas interpréter l'information qui y figure comme l'imposition d'un mode de traitement exclusif à suivre. Un établissement hospitalier est libre de dicter des modifications à apporter à ces opinions. En l'occurrence, il faut qu'il y ait documentation à l'appui de cet établissement. Aucune partie de ce document ne peut être reproduite sans une permission écrite de la SOGC.

Sommaire

  1. L’examen d’études pertinentes par les spécialistes de la SOGC montre que les contraceptifs oraux réduisent le risque de cancer de l’ovaire et de cancer de l’utérus, tout en augmentant légèrement le risque de cancer du col et de cancer du sein préménopausique.
     
  2. Pour la majorité des femmes, les avantages des contraceptifs oraux l’emportent sur les risques.
     
  3. Le risque de cancer du sein préménopausique est légèrement plus élevé chez les utilisatrices de contraceptifs oraux; cet effet se manifeste surtout chez les femmes qui commencent à prendre la pilule avant la première grossesse menée à terme. L’augmentation du risque associé à l’utilisation d’un contraceptif oral est très faible par rapport à celui associé à d’autres facteurs liés à la reproduction et au mode de vie influençant le risque de cancer du sein. L’effet sur la santé publique de cette faible hausse du risque est négligeable, étant donné les très faibles taux historiques de cancer du sein chez les femmes appartenant à ce groupe d’âge.
     
  4. Il existe des données démontrant que les femmes présentant des antécédents familiaux de cancer du sein ou une mutation confirmée du gène BRCA et qui utilisent des contraceptifs oraux ne présentent pas un risque plus élevé de contracter un cancer du sein que celui qu’elles présentent déjà sur le plan génétique. Chez les femmes présentant une mutation du gène BRCA, l’utilisation d’un contraceptif oral permet de réduire le risque de cancer de l’ovaire.
     
  5. Il existe des données montrant que le cancer du col peut progresser plus rapidement chez les femmes infectées par les souches cancérigènes du VPH (virus du papillome humain) qui utilisent un contraceptif oral. Cela fait ressortir l’importance de mettre en place des programmes exhaustifs de dépistage du cancer du col et l’utilité des vaccins contre le VPH. Dans les pays développés, où des programmes de dépistage efficaces sont déjà en place depuis un certain nombre d’années et où les taux de cancer du col sont bas, l’effet sur la santé publique devrait être négligeable.
     
  6. Il a été démontré que les contraceptifs oraux réduisent les taux de cancer de l’endomètre et de cancer de l’ovaire d’au moins 50 %. Les avantages de l’utilisation augmentent avec la durée et continuent de se faire sentir jusqu’à 20 ans après l’arrêt de l’utilisation.
     
  7. Outre le fait qu’ils constituent une méthode de contraception fiable, les contraceptifs oraux comportent de nombreux avantages sur d’autres plans. En effet, ils ont apporté du soulagement à des millions de femmes atteintes de dysménorrhée (douleurs menstruelles), de ménorragie (flux menstruel abondant), du syndrome prémenstruel, d’acné, d’une pousse de poils indésirables, de douleur pelvienne attribuable à l’endométriose et d’anémie ferriprive.

La SOGC est un important intervenant en ce qui a trait à l’offre de conseils quant à la contraception et à l’offre de méthodes de contraception. Ses membres abordent activement les préoccupations des Canadiennes en ce qui concerne la santé génésique.

La SOGC partage les inquiétudes de bon nombre de membres de la communauté scientifique quant au fait que le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) s’engage sur une voie dangereuse en déclarant que les hormones de reproduction naturelles (œstrogènes et progestérone) sont cancérigènes.1 L’exposition tout au long de la vie à ces hormones naturelles est reconnue comme étant un facteur de risque en ce qui a trait au cancer du sein. Essentiellement, le début précoce des règles ou une ménopause tardive augmente le risque que court une femme d’être atteinte du cancer du sein au cours de sa vie. Toutefois, la relation qui existe entre l’exposition à des hormones naturelles et le cancer est complexe, étant donné que le fait de connaître une grossesse à un plus jeune âge (qui est associé à une production plus élevée que normale de ces hormones) est reconnu pour avoir un effet protecteur contre le cancer du sein.

Le fait de déclarer qu’une hormone sécrétée naturellement est cancérigène soulève la question suivante : « Est-ce que tous les autres facteurs de croissance des hormones endogènes jouant un rôle dans le développement de cancers devront désormais être considérés comme étant cancérigènes? » Les œstrogènes stimulent la croissance des cellules épithéliales du revêtement mammaire et utérin. Cette stimulation accroît le nombre de divisions cellulaires, qui peut augmenter indirectement la probabilité de mutations cellulaires menant au cancer. Le vocable « cancérigène », appliqué à ces hormones (suggérant par le fait même qu’elles sont à l’origine du cancer), est clairement sujet à débat.1

Dire d’une substance qu’elle est cancérigène, surtout une hormone sécrétée naturellement par les femmes sans qu’elles aient quelque contrôle que ce soit sur elle, risque de créer de la crainte et de l’incompréhension. Dans le cas des contraceptifs oraux, toute déclaration quant à leur cancérogénicité éclipsera à coup sûr toute référence à leurs avantages, qui sont nombreux.

Les méthodes contraceptives efficaces sont sous-utilisées au Canada. On estime qu’il y a eu 300 000 grossesses imprévues au Canada l’an dernier et qu’environ 106 000 de celles-ci se sont soldées par un avortement. Les risques de grossesse sont considérables, et la décision de ne pas utiliser une méthode de contraception en raison de craintes non fondées et malvenues au sujet des effets secondaires peut faire beaucoup plus de mal que tout effet secondaire que pourrait avoir la méthode contraceptive en question.

Suivant de nombreux rapports médiatiques faisant état de la possibilité d’un risque accru d’apparition de caillots sanguins chez les femmes utilisant un nouveau contraceptif oral populaire au Royaume-Uni dans les années 90, les femmes ont paniqué et ont cessé de prendre la pilule, ce qui s’est traduit par plusieurs milliers de grossesses imprévues (ainsi que par le risque incident d’apparition de caillots sanguins associé à la grossesse). Les ramifications médicales et sociales de ce désastre en matière de relations publiques ont fait l’objet d’un résumé dans l’excellent article publié par Angela Mills.2 Neuf mois plus tard, les hôpitaux de Londres ont rapporté une augmentation de 25 % du nombre d’accouchements, et 10 000 femmes de plus ont demandé à subir un avortement. Les femmes sont devenues si craintives à l’endroit de la contraception hormonale que bon nombre d’entre elles ont choisi de subir une hystérectomie plutôt que d’utiliser un contraceptif oral pour prendre en charge les saignements menstruels excessifs qui surviennent au cours des dernières années de la période de fécondité.

Quelles sont les données probantes en ce qui concerne les effets des contraceptifs oraux sur le cancer?

  • Cancer du sein
  • Cancer de l’endomètre
  • Cancer de l’ovaire
  • Cancer du col
  • Cancer colorectal

 

Cancer du sein

La Vecchia et coll. fournissent un sommaire exhaustif des enjeux et des données concernant le cancer du sein chez les utilisatrices de contraceptifs oraux.3 Ces auteurs ont conclu que des études plus récentes menées aux États-Unis et en Norvège (Marchbanks, Althuis, Dumeaux) suggèrent que les contraceptifs oraux plus récents, comportant une plus faible dose d’hormones, ne pouvaient être liés au cancer du sein de façon appréciable.4,5,6 Ils ont également émis une mise en garde quant au fait que les données disponibles font qu’il est impossible de déterminer si les contraceptifs oraux sont à l’origine de nouveaux cancers (« cancérigènes ») ou s’ils ne font qu’accélérer le dépistage de cancers préexistants (« promoteurs de cancer »), comme on pourrait s’y attendre d’un agent entraînant une augmentation de la division cellulaire épithéliale. Des recherches récentes suggèrent qu’il n’existe aucun lien entre l’utilisation d’un contraceptif oral et l’apparition de lésions mammaires précancéreuses (appelées carcinome intracanalaire non infiltrant).7

Plusieurs études ont montré une hausse minime mais appréciable du risque de cancer du sein chez les femmes commençant à prendre la pilule à un jeune âge avant la première grossesse. Toutefois, elles insistent sur le fait que l’augmentation du risque relatif pour ce groupe d’âge n’a que très peu d’incidence sur la santé publique, étant donné que le risque absolu pour cette population est si bas.

Tableau montrant la faiblesse de l’incidence de cancer du sein par (100 000) jeunes femmes de moins de 35 ans par rapport à des femmes plus âgées.

Âge Incidence
<20 ans ---
20-24 ans 1,4
25-29 ans 7,8
30-34 ans 26,9
35-39 ans 61,6
40-44 ans 120,1
45-49 ans 196,3
50-54 ans 258,3
55-59 ans 334,1
60-64 ans 388,9
65-69 ans 437,6
70-74 ans 480,0
75-79 ans 499,2
80-84 ans 475,8

Figure 1 : Risque de cancer du sein chez les femmes qui 1) ont déjà pris des CO 2) ont pris des CO avant une première grossesse menée à terme (PGMT), et 3) ont pris des CO après la PGMT

Une méta-analyse d’études cas-témoins menée récemment (Kahlenborn et coll., 2006) s’est penchée sur le lien qui existe entre le cancer du sein préménopausique et l’utilisation de contraceptifs oraux. Ce rapport a analysé six études qui n’avaient pas été prises en considération lors de la nouvelle analyse concertée de 1996. Le rapport a étudié les résultats en fonction des nouveaux schémas d’ordonnance en ce qui a trait aux contraceptifs oraux, en mettant l’accent sur les femmes en période de préménopause. Les auteurs ont également conclu que le risque relatif de cancer du sein identifié dans le cadre de l’analyse est « minime », et que, compte tenu du fait que les taux de base de cancer du sein chez les femmes en période de préménopause sont tellement bas, le risque absolu était « très faible ».

Les chiffres indiqués ici représentent les risques absolus accrus (risques attribuables) de cancer du sein chez les utilisatrices de contraceptifs oraux selon 1) qu’elles en ont déjà pris, 2) qu’elles en ont pris avant la première grossesse menée à terme, et 3) qu’elles en ont pris après la première grossesse menée à terme. Le calcul a été effectué en multipliant le risque de base de cancer du sein préménopausique (évalué dans l’introduction de l’article à 40/100 000 femmes) par le rapport de cotes indiqué dans l’article et en soustrayant le risque historique.

Kahlenborn C et coll. « Oral contraceptive use as a risk factor for premenopausal breast cancer: A meta-analysis », Mayo Clin Proc, vol. 81, n° 10, 2006, p. 1290-1302.

Figure 2 : Graphique montrant la comparaison entre différents facteurs liés au mode de vie et l’utilisation de CO en tant que facteurs de risque pour le cancer du sein

Cette diapositive montre les risques relatifs de cancer du sein préménopausique chez les utilisatrices de contraceptifs oraux et compare ces risques à ceux découlant d’autres facteurs connus en ce qui a trait au cancer du sein.

Références :

Collaborative Group on Hormonal Factors and Breast Cancer. « Breast feeding », Lancet, vol. 360, 2002, p. 187-195.

Newcomb, P A. et coll. « Lactation and a reduced risk of premenopausal breast cancer », NEJM, vol. 330, n° 2, 1994, p. 81-7.

Tavani A et coll. « Risk factors for breast cancer in women under 40 », European J Cancer, vol. 35, n° 9, 1999, p. 1361-1367.

MacMahon B et coll. « Age at first birth and breast cancer risk », Bull Wld Hlth Org, vol. 43, 1970, p. 203-221.

Kahlenborn C et coll. « Oral contraceptive use as a risk factor for premenopausal breast cancer: A meta-analysis », Mayo Clin Proc, vol. 81, n° 10, 2006, p. 1290-1302.

Données Surveillance Epidemiology and End Results [SEER], É.-U., 1997-2001

Une analyse approfondie de toutes les données de recherche disponibles sur les liens qui peuvent exister entre l’utilisation de contraceptifs oraux et le cancer du sein, publiées en 1996, a évalué le nombre de cas de cancer supplémentaires auxquels il faudrait s’attendre si 10 000 femmes utilisaient un contraceptif oral pendant cinq ans, puis étaient suivies pendant dix ans après avoir cessé de prendre le contraceptif. Les résultats de l’analyse suggèrent que, pour 10 000 utilisatrices âgées de 16 à 19 ans, le nombre de cas de cancer du sein augmenterait de 0,5; chez les utilisatrices âgées de 20 à 24 ans, le nombre de cas augmenterait de 1,5; et chez les utilisatrices âgées de 25 à 29 ans, le nombre de cas augmenterait de 4,7. Ces chiffres représentent une augmentation très faible par rapport au risque de base chez ces populations en ce qui concerne le cancer du sein. Dix ans plus tard, une analyse des données disponibles (Kahlenborn et coll., 2006) a confirmé ces résultats.8 Les auteurs ont fourni six autres études à l’appui, qui n’avaient pas été incluses dans l’analyse de 1996. Cependant, cette recherche a été en mesure d’étudier le lien qui existe entre l’utilisation de contraceptifs oraux et l’apparition d’un cancer du sein préménopausique, compte tenu des nouvelles posologies et des nouveaux schémas d’ordonnance des contraceptifs oraux. Encore une fois, on constate que l’augmentation absolue du risque de cancer du sein préménopausique chez les utilisatrices de contraceptifs oraux est très faible (0,7 cas de plus par 10 000 utilisatrices dans l’ensemble, et 1,76 cas de plus chez les femmes ayant commencé à prendre la pilule avant d’avoir connu une première grossesse menée à terme).9

Bon nombre de femmes, ainsi que leur médecin, présument que l’utilisation de contraceptifs oraux par les femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein ou présentant une mutation du gène BRCA est malvenue, étant donné qu’elle pourrait augmenter le risque de cancer du sein. Cela est malheureux, car les données disponibles n’appuient pas cette hypothèse. Les contraceptifs oraux ne semblent pas augmenter le risque de cancer du sein chez ces femmes au-delà de leur prédisposition génétique. Toutefois, les données montrant que l’utilisation de contraceptifs oraux réduit le risque de cancer de l’ovaire chez ces femmes sont appréciables.10,11,12 Les contraceptifs oraux sont présentement recommandés en tant que « traitement de chimio-prévention » contre le cancer de l’ovaire chez les femmes présentant une mutation du gène BRCA.13,14 On estime que l’utilisation pendant dix ans d’un contraceptif oral par des femmes présentant des antécédents familiaux de cancer de l’ovaire peut ramener le risque de contracter ce cancer en deçà de celui couru par les femmes qui ne présentent aucuns antécédents familiaux de cancer de l’ovaire et celles qui n’utilisent pas les contraceptifs oraux.15

Cancer de l’endomètre

L’incidence de cancer de l’endomètre dans les pays en développement a chuté de façon considérable depuis l’avènement des contraceptifs oraux combinés.

Dans le cadre d’une méta-analyse d’études publiées portant sur l’effet des contraceptifs oraux sur le cancer de l’endomètre, Schlesselman a produit les estimations suivantes quant à l’effet des contraceptifs oraux :

Incidence cumulative du cancer de l’endomètre chez 100 000 Américaines selon l’utilisation des CO (aucune utilisation par rapport à utilisation pendant 4, 8 ou 12 ans)

Catégorie d’utilisation Nbre de cas estimé
20-54 ans 20-74 ans
Aucune 471 2 396
4 ans 283 1 696
8 ans 241 1 522
12 ans 213 1 417

- adapté de « Table V », Schlesselman JJ.,
Human Reproduction, 1997

Cet effet persiste bien au-delà de l’interruption de l’utilisation. On estime que le risque relatif s’élève à 0,32, 0,40 et 0,51 sur 5, 10 et 20 ans, respectivement, après l’interruption de l’utilisation.

Cet avantage persiste malgré la dose d’hormones beaucoup moins importante se retrouvant dans les nouveaux contraceptifs oraux.16

La possibilité absolue de ne pas contracter le cancer de l’endomètre avant 74 ans chez les Américaines est évaluée à 97,6 %. L’utilisation d’un contraceptif oral pendant douze ans ferait passer cette possibilité à 98,6 %.

Cancer de l’ovaire

Une théorie quant à la cause du cancer de l’ovaire veut que la rupture récurrente de l’épithélium de surface causée par les ovulations répétées stimule les mutations épithéliales qui entraînent le cancer de l’ovaire. Il a été démontré que les contraceptifs oraux réduisent le risque d’apparition ultérieure d’un cancer de l’ovaire de 10 % à 12 % après un an, de 50 % après 5 ans, et de 80 % après 10 ans. Cet effet bénéfique continue de se faire sentir pendant au moins vingt ans après la dernière utilisation.15

Le cancer de l’ovaire est souvent dépisté à un stade avancé; dans l’ensemble, le taux de survie après cinq ans est inférieur à 50 %. Le risque à vie de contracter le cancer de l’ovaire est de 1,44 %; donc, une réduction de 50 % à 80 % de ce risque ramènerait la proportion de femmes touchées entre 0,7 % et 0,3 %.

Cancer du col

Les tentatives d’étude de la relation qui existe entre l’utilisation de contraceptifs oraux et le cancer du col ont été entravées par l’absence généralisée d’utilisation d’une méthode barrière chez les utilisatrices de CO, ainsi que par les effets des souches oncogènes du virus du papillome humain (VPH). De tous les cancers du col, 99,5 % sont attribuables au VPH.

Aucune donnée ne montre que les contraceptifs oraux augmentent l’incidence de cancer du col préinvasif; toutefois, on a constaté un lien appréciable entre l’utilisation à long terme des contraceptifs oraux et la présence de cancer du col invasif. Cela suggère un effet « promoteur » plutôt qu’une action cancérigène de la part des contraceptifs oraux sur la néoplasie cervicale établie.3,17,18

Une analyse de 28 études a révélé une augmentation de 10 % du risque suivant l’utilisation d’un contraceptif oral pendant moins de cinq ans, ainsi qu’un risque deux fois plus important après au moins dix ans d’utilisation.19 Par ailleurs, les utilisatrices de CO n’ont pas plus de chances de contracter le VPH que les femmes qui ne les utilisent pas, ce qui suggère que les CO n’augmentent ni les risques d’acquisition du VPH, ni la persistance de l’infection.

Dans les pays développés, où des programmes efficaces et répandus de dépistage du cancer du col sont en place, l’effet sur la santé publique sera probablement négligeable. L’incidence de cancer du col invasif a chuté considérablement en Amérique du Nord, et ce, à une époque où près de 80 % de la population féminine utilise les contraceptifs oraux à un moment ou à un autre de sa vie. Avec l’avènement des vaccins contre le VPH, il est probable que les taux de cancer du col chuteront de façon considérable au cours du prochain siècle.

Cancer colorectal

Les contraceptifs oraux combinés peuvent réduire le risque de cancer colorectal. Une méta-analyse a révélé un risque relatif regroupé de cancer colorectal pour chaque utilisation de contraceptif oral de 0,81 dans le cadre de huit études cas-témoins, de 0,84 dans le cadre de quatre études de cohorte et de 0,82 pour l’ensemble des études.20 Cet aspect est moins bien compris; des recherches supplémentaires sont nécessaires pour établir un profil de risque tenant compte de la durée de l’utilisation, de la période à laquelle remonte l’utilisation la plus récente et des variables confusionnelles possibles.21

Mortalité attribuable à toutes les causes chez les utilisatrices de CO

Si l’effet cancérigène rapporté des contraceptifs oraux avait un effet appréciable sur la santé publique, on s’attendrait à voir un effet sur les taux de mortalité attribuables au cancer. Deux études de suivi d’envergure se sont penchées sur les causes de mortalité chez les utilisatrices de contraceptifs oraux.

En 1999, Beral et coll. ont présenté les résultats d’un suivi de 25 ans effectué auprès d’une cohorte de femmes faisant partie de la base de données du Royal College of General Practitioners. Pendant cette période, 1 599 décès ont été constatés. Les utilisatrices de contraceptifs oraux ne présentaient pas plus de risques de mourir que les femmes qui n’utilisaient pas les contraceptifs oraux [RC 1,0 (IC à 95 %, 0,9-1,1)]. L’analyse des sous-groupes a révélé un taux de décès réduit relativement au cancer de l’ovaire [RC 0,2 (IC à 95 %, 0,1-0,8)] et une hausse du taux de décès attribuable au cancer du col [RC 2,5 (IC à 95 %, 1,1-6,1)]. Dans l’ensemble, on a constaté moins de décès attribuables au cancer, mais un risque légèrement plus élevé de décès des suites d’une maladie cardiovasculaire chez les utilisatrices de CO [RC 1,9 (IC à 95 %, 1,2-3,1)]. Les nouvelles pilules à plus faible dose utilisées par des non fumeuses n’entraînent qu’un risque minime de maladie cardiovasculaire.

En 2003, Vessey a étudié les dossiers de 17 032 femmes âgées de 25 à 39 ans s’étant inscrites à la Oxford Family Planning Study, en vue de relever les causes de décès. Encore une fois, le taux de décès chez les utilisatrices de contraceptifs oraux n’avait pas augmenté [RC 0,82 (IC à 95 %, 0,77-1,02)], confirmant le fait que l’utilisation de contraceptifs oraux n’avait aucun effet néfaste sur la mortalité attribuable à toutes les causes.

Autres effets de la pilule

Bien qu’il soit important de poursuivre la surveillance post-commercialisation des utilisatrices de contraceptifs oraux en vue de découvrir des liens possibles entre l’utilisation et des événements indésirables rares (comme les maladies cardiovasculaires) ou des maladies présentant une longue période de latence (comme le cancer), il est tout aussi important de tenir compte des nombreux autres avantages de la pilule. Plusieurs analyses se sont penchées sur les effets appréciables sur la santé publique qu’a eus l’utilisation de contraceptifs oraux par deux générations de femmes.21,22,23

Dysménorrhée

Ce trouble affecte de 50 % à 90 % des femmes. Aux États-Unis, on estime que la dysménorrhée est responsable de la perte de 600 millions d’heures de travail et de deux milliards de dollars en productivité chaque année. Au Royaume-Uni, 26 femmes utilisant un contraceptif oral sur 100 000 ont dû être hospitalisées en raison de la dysménorrhée par rapport à 50 femmes par 100 000 n’utilisant pas de contraceptifs oraux.21 Il existe des donnés provenant d’ECR, d’enquêtes ponctuelles et d’essais non comparatifs étayant les avantages des contraceptifs oraux (y compris les nouvelles pilules à plus faible dose) quant au soulagement de la dysménorrhée.21

Ménorragie

Environ 10 % des femmes fécondes sont atteintes de ménorragie. Sa prévalence augmente avec l’âge, et elle demeure une des principales raisons pour lesquelles l’hystérectomie ou d’autres procédures d’ablation de l’endomètre sont pratiquées chez les femmes dans la quarantaine. Les contraceptifs oraux présentement approuvés pour l’utilisation par les non fumeuses jusqu’à la ménopause ont eu un effet bénéfique considérable. Quatre-vingt-sept pour cent (87 %) des utilisatrices de contraceptifs oraux ont dit avoir constaté une diminution des saignements.21

Hyperandrogénie/Syndrome des ovaires polykystiques

L’acné affecte 40 % des adolescentes et 10 % des femmes. Les contraceptifs oraux, en plus de régulariser le cycle chez les femmes dont le cycle est anovulaire et qui présentent un syndrome des ovaires polykystiques, permettent également de soulager l’acné et d’amoindrir la pousse de poils indésirables grâce à l’effet qu’ils ont sur la suppression de la production d’androgène par les ovaires, ainsi que sur l’augmentation de la fixation de l’androgène dans la circulation.21

Syndrome prémenstruel/Trouble dysphorique prémenstruel

Ce trouble de l’humeur affecte gravement de 3 % à 5 % des femmes en âge de procréer, et de 20 % à 30 % des femmes sont atteintes de symptômes modérés. Des ECR ont montré que les contraceptifs oraux sont bénéfiques pour le soulagement des symptômes du syndrome prémenstruel lorsqu’ils sont pris de façon cyclique ou lorsqu’ils sont pris de façon continue en vue de supprimer le cycle menstruel.24,25

Endométriose

La douleur pelvienne est une manifestation courante de l’endométriose. La prise en charge à long terme des femmes atteintes de douleur récurrente suivant une intervention visant à conserver la fécondité est problématique. L’utilisation continue de contraceptifs oraux s’est montrée très efficace pour traiter ces femmes.26 En effet, l’anovulation, la décidualisation, l’aménorrhée et la création d’un milieu œstrogènes-progestatif durable attribuables à l’utilisation de contraceptifs oraux contribuent à rendre la maladie quiescente.21

Autres

Les contraceptifs oraux réduisent le risque d’anémie ferriprive et de grossesse ectopique. Bien que les données d’observation suggèrent que les contraceptifs oraux pourraient avoir un effet bénéfique sur les fibromes et les maladies mammaires bénignes, davantage de recherches sont nécessaires pour aborder ces questions de façon concluante.21

Références :

1Schneider HP, Mueck AO, Kuhl H. « IARC monographs program on carcinogenicity of combined hormonal contraceptives and menopausal therapy », Climacteric, vol. 8, n° 4, 2005, p. 311-6.

2Mills A. « Combined oral contraception and the risk of venous thromboembolism », Human Reproduction, vol. 12, n° 12, 1997, p. 2595-2598.

3La Vecchia C, Bosetti C. « Benefits and risks of oral contraceptives on cancer », European J Cancer prevention, vol. 13, 2004, p. 467-470.

4Marchbanks PA, MacDonald JA, Wilson HG et coll. « Oral contraceptives and the risk of breast cancer », N Engl J Med, vol. 346, 2002, p. 2025-2032.

5Althuis MD, Brogan DR, Coates RJ et coll. « Hormonal content and potency of oral contraceptives and breast cancer risk among young women », Br J Cancer, vol. 88, 2003, p. 50-57.

6Dumeaux V, Alsaker E, Lund E. « Breast cancer and specific types of oral contraceptives: a large Norwegian cohort study », Int J Cancer, vol. 195, 2003, p. 844-850.

7Claus EB, Stowe M, Carter D. « Oral contraceptives and the risk of ductal breast carcinoma in situ », Source Breast Cancer Research & Treatment, vol. 81, n° 2, 2003, p. 129-36.

8Kahlenborn C, Modugno F, Potter DM, Severs WB. « Oral contraceptive use and premenopausal breast cancer: A meta-analysis », Mayo Clinic Proc, vol. 81, n° 10, p. 1290-1392.

9Cerhan JR. « Oral contraceptive use and breast cancer: current status », Mayo Clinic Proc, vol. 81, n° 10, p. 1288-1289.

10Milne RL, Knight JA, John EM, Dite GS, Balbuena R, Ziogas A, Andrulis IL, West DW, Li FP, Southey MC, Giles GG, McCredie MR, Hopper JL, Whittemore AS. « Oral contraceptive use and risk of early-onset breast cancer in carriers and noncarriers of BRCA1 and BRCA2 mutations », Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, vol. 14, n° 2, 2005, p. 350-6.

11Silvera S, Miller AN, Rohan AB, Thomas E. « Oral contraceptive use and risk of breast cancer among women with a family history of breast cancer: a prospective cohort study », Cancer Causes & Control, vol. 16, n° 9, 2005, p. 1059-63.

12Grenader T, Peretz T, Lifchitz M, Shavit L. « BRCA1 and BRCA2 germ-line mutations and oral contraceptives: to use or not to use », Breast, vol. 14, n° 4, 2005, p. 264-8.

13Henderson BE, Ross RK, Pike MC. « Hormonal chemoprevention of cancer in women », Science, vol. 259, n° 5095, 1993, p. 633-8.

14Whittemore AS, Balise RR, Pharoah PD, Dicioccio RA, Oakley-Girvan I, Ramus SJ, Daly M, Usinowicz MB, Garlinghouse-Jones K, Ponder BA, Buys S, Senie R, Andrulis I, John E, Hopper JL, Piver MS. « Oral contraceptive use and ovarian cancer risk among carriers of BRCA1 or BRCA2 mutations », Br J Cancer, vol. 91, n° 11, 2004, p. 1911-5.

15Gross TP, Schlesselman JJ. « The estimated effect of oral contraceptive use on the cumulative risk of epithelial ovarian cancer », Obstet Gynecol, vol. 83, n° 3, 1994, p. 419-24.

16Weiderpass E, Adami HO, Baron JA, Magnusson C, Lindgren A, Persson I. « Use of oral contraceptives and endometrial cancer risk (Sweden) », Cancer Causes & Control, vol. 10, n° 4, 1999, p. 277-84.

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Mise à jour : 19/02/08

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